Je l'ai déjà dit lors d'une récente humeur : l'une des fonctions phares de Mac OS X 10.2, alias Jaguar, reste pour moi la technologie de réseau Rendezvous. Rendezvous ? Quel joli nom, qui sonne si bien à nos oreilles francophones, habitués aux noms barbares comme Windows, Micosoft, Apple
Ah non, pas Apple, excusez-moi. Mais avoir un nom, aussi beau soit-il, ne suffit pas s'il est mis au service d'une idée creuse. Or, Rendezvous, c'est plutôt le contraire. Car si Apple annonce, sur le site de Mac OS X, Rendezvous comme les réseaux simplifiés, je pense en réalité que Rendezvous va bien au-delà de ça. Explications pas vraiment concises, mais en tout cas enthousiastes, sur ce qui pourrait bien révolutionner notre façon de voir les réseaux informatiques.
Ah, juste une chose, avant de commencer : Rendezvous ne s'écrit pas Rendez-vous, ni même Rendez-Vous, mais belle et bien Rendezvous en un seul mot, tout attaché. Ne m'accusez pas de faire des fautes d'orthographe, pour le coup c'est celle choisie par Apple. Un nom commercial, quoi
Pour commencer, parlons de réseau. Ou plus exactement, de la facilité de créer un réseau d'ordinateurs et de périphériques. Si vous ne comprenez rien de rien aux réseaux, je vous conseille quand même de lire en premier lieu le petit guide du réseau Mac, disponible sur Gete.Net of course.
En informatique Macintoshienne, nous avions jusqu'à aujourd'hui deux grandes solutions pour relier un Macintosh à un autre : la solution simple, et la solution compliquée.
Ahhhhhhhh, AppleTalk, un rêve pour les réseaux ! On branche, ça marche La simplicité d'AppleTalk est liée à deux idées majeures :
1) L'adressage automatique
Il faut comprendre que deux ordinateurs sur un réseau ont besoin d'une adresse pour communiquer. Cette adresse constitue le numéro de référence de l'ordinateur sur le réseau, et se doit d'être unique. Il est ensuite lié à la carte réseau de votre ordinateur via des mécanismes trop complexes pour être décrits ici. Lorsqu'AppleTalk est actif sur le Mac, un tirage aléatoire d'une adresse est automatiquement effectué. Ce numéro est contrôlé auprès des autres Mac du réseau pour s'assurer de son unicité ("est-ce qu'il y a un autre Mac que le mien qui a cette adresse ?"). Si un autre Mac a une adresse identique, il prévient son collègue nouvellement arrivé ("si tu prends cette adresse, je viens te voir et je t'explose la tronche à grands coups de câbles Ethernet". Et oui, parfois, les Mac sont pas si fiques que ça), et du coup ledit collègue recherche une nouvelle adresse. Si l'adresse n'est pas prise, il se la garde pour lui, et se met enfin à bosser (ou à jouer, ou à surfer sur Internet, enfin c'est vous qui voyez hein).
2) Le lien dynamique entre un nom alphanumérique que même ma grand-mère comprend et un numéro imbitable
Le problème, c'est qu'une adresse AppleTalk, ça peut changer souvent, et ce n'est pas très parlant. Vous savez à qui appartient l'adresse 17014.193 sur le réseau, vous ? Moi pas. Et pourtant, ça pourrait même être la mienne, j'en sais que dalle, j'en ai même honte.
Et pourquoi est-ce qu'on s'en tape donc tant, alors qu'on utilise AppleTalk tous les jours ? Tout simplement parce qu'un lien est créé entre votre adresse IP et un nom AppleTalk. C'est le protocole NBP (Name Binding Protocol), qui assure ce lien pour AppleTalk.
Alors, les érudits me diront, "ouais, mais c'est pas vrai, TCP/IP il sait aussi le faire, le lien IP et nom de machine !". Et ma foi, ces goujats qui ont l'outrecuidance de m'interrompre en plein milieu de mon ébourriffante démonstration n'ont pas tout à fait tort, puisque les serveurs de nom de domaine (DNS) sont conçus pour ça. Mais les DNS, ça a des défauts : c'est statique, faut modifier les entrées à la main (plus tout à fait vrai avec des logiciels comme DynDNS), et c'est réservé plutôt à Internet, parce que configurer un DNS, ça demande une intervention humaine dans la plupart des cas et des connaissances réseau assez poussées. Non, n'insistez pas, je ne vous apprendrai pas comment faire ce genre de choses, nan mais.
Le seul problème, c'est que toute cette communication fait qu'AppleTalk cause beaucoup.En langage réseau, on dit qu'il fait du broadcast, c'est à dire qu'il parle à tout le monde sur le réseau. Et c'est pas bien. Ben oui, à chaque fois qu'un Mac se connecte au réseau, il doit demander à la cantonnade si le numéro qu'on lui donne n'est pas déjà utilisé. Ça cause, ça cause, ça cause ! Et c'est encore pire lorsqu'on ouvre le Sélecteur : les trames partent de tous les côtés partent de tous les côtés pour savoir qui existe sur le réseau et fait du partage, c'est un bordel monstre Et c'est pour ça que les administrateurs réseaux, hommes de peu de goût (mais raisonnables parfois, il faut bien l'avouer), n'aiment pas vraiment AppleTalk
Bref, ça semble être mal parti pour TCP/IP, pas vraiment construit pour la simplicité d'accès et la convivialité Jusqu'à ce que quelqu'un impose ses idées à Steve Jobs.
Ce quelqu'un s'appelle Stuart Cheshire, et son histoire est déjà loooooonguement racontée par l'excellent et Drômois Florian Innocente, sur le site de SeuVeuMeu Mac. Et c'est grâce à lui, donc, qu'on voit l'arrivée de Rendezvous sur Mac OS X.
Mais qu'apporte concrètement Rendezvous ? Eh bien, Rendezvous fournit à TCP/IP les éléments pour faciliter sa configuration en ajoutant les trois éléments suivants à TCP/IP :
- adressage dynamique sans serveur DHCP ;
- Nommage des machines sans serveur DNS ;
- Navigation sur le réseau pour découvrir des services IP.
Nous allons découvrir ensemble ces 3 avantages de Rendezvous, à travers quelques exemples concrets.
1) Petit hommage aux Livres Dont Vous Êtes le Héros, qui ont bercé ma jeunesse Retour